Une montagne d’émotions: «Pass’Aran Express!»

09/11/2012 | 10:18

© MidiNews 2012 – S. Grochowski

 

«C’est comme tu veux, Laurent. Si tu penses qu’il fera meilleur lundi, on peut quand même tenter le coup !»

Laurent, c’est l’un des deux gardiens du refuge des Estagnous sous le Mont Valier.

Avec Stéphane, ils passent toute la saison estivale là-haut, de juin à octobre.

Aussi, il n’est pas simple pour eux de marcher autour du refuge durant la belle saison malgré l’importance de connaître parfaitement le réseau de sentiers que peuvent emprunter les randonneurs accueillis pour distiller informations et conseils.

Depuis quatre ans, ils ont créé une nouvelle boucle transfrontalière avec leurs collègues de la Maison du Valier, du gîte d’étape d’Eylie, du refuge de l’étang d’Araing et du refuge de Montgarri en Val d’Aran.

«Pass’Aran» s’adresse à des randonneurs plutôt sportifs et bien familiarisés avec le déplacement sur des sentiers assez accidentés et peu balisés, notamment côté Val d’Aran.

Tout l’été, les gardiens renseignent sur cette boucle sauvage et variée et reçoivent les doléances des marcheurs sur les soucis de balisage et d’orientation.

Côté français, l’entretien des sentiers est réalisé par des techniciens des Communautés de Communes.

Dans le Val d’Aran, le système est différent et le balisage moins réussi. D’ailleurs, tous ceux qui ont réalisé le GR11, l’équivalent espagnol de notre fameux GR10 le savent: il est recommandé de bien savoir lire une carte topographique pour ne pas perdre le bon cap!

Réaliser la partie espagnole de Pass’Aran nous permettra de nous rendre compte sur place de ces problèmes de balisage.

Le seul créneau trouvé étant dimanche et lundi dernier, il faut se décider malgré une météo plutôt incertaine. Dimanche, la pluie est annoncée et lundi peut-être une amélioration…

Personnellement, la pluie ne me dérange pas si je sais que je peux faire sécher mes affaires le soir.

Je considère même qu’il est utile techniquement et psychologiquement de vivre ces moments moins «funs»

Gérer son matériel et son mental font partie de l’expérience à acquérir lorsque l’on veut crapahuter en montagne. Et le retour du soleil demeure toujours un moment d’une rare jouissance.

De plus, nous avons choisi de dormir chez Kim au refuge de Montgarri, situé à côté du fameux sanctuaire. La cheminée y est grande et chaleureuse et les repas copieux et savoureux… Il n’en faut pas beaucoup plus pour m’embarquer dans une aventure montagnarde!

 

Dimanche matin, nous voilà tous les trois accompagnés de mon chien dans la rude montée qui relie Eylie aux mines de Bentaillou. Les nuages s’épaississent en altitude et nous sommes en vue des baraquements de la mine lorsque la pluie nous rattrape.

«Dieu, quand il est venu ici, il faisait nuit. Alors, il a taillé le pays à coup de hache. Mais en repartant, pris de remords, il jeta par-dessus son épaule une poignée de minerai»… Cette belle maxime du Biros exprime bien la dureté du pays.

Du milieu du XIXème siècle et pendant cent ans, les mineurs s’échinent à exploiter zinc et plomb dans ces versants abrupts. Les épaves métalliques qui jalonnent la montée jusqu’à la serre d’Araing témoignent de ces efforts et de la souffrance issus de cet eldorado éphémère…

La neige est maintenant bien présente lorsque nous nous dirigeons vers le Portillon d’Albe, passage clé de cette première journée.

Les cascades de glace qui sculptent les parois suintantes à l’approche du col me rappellent le froid du dernier week-end, lorsque je tentais de dormir à la cabane de la Sabine.

Le brin de corde, les crampons et le piolet portés dans le sac seront finalement inutiles pour franchir l’obstacle. Nous parvenons en Espagne dans une rafale de vent violente!

L’après-midi, nous pouvons constater dans le brouillard et sous la pluie les quelques manques en matière de balisage.

Nous devons sortir la carte et nous disperser pour retrouver les fameuses marques jaunes et autres cairns disséminés sur le parcours.

A l’étang de Montoliù, une nouvelle recherche confirme les dires des randonneurs. Il est facile de se tromper ici d’itinéraire.

Nous dévalons finalement dans le bon vallon et retrouvons bientôt la Noguera Pallaresa, rivière magnifique qui serpente devant le sanctuaire de Montgarri.

Opérations égouttage et séchage réalisées, revêtus de vêtements secs, nous nous rapprochons de l’immense cheminée du refuge et passons la soirée à profiter de l’accueil et des spécialités aranaises avec Kim, notre hôte. Nous ne trainons pas le soir après cette longue première journée.

Je me réveille un peu plus tôt que mes comparses pour faire sortir le chien. Je lève les yeux et découvre avec émerveillement dans la pénombre du jour naissant un ciel limpide, débarrassé des lourds nuages de la veille.

Le petit déjeuner vite avalé, nous voilà repartis et déjà perdus! Nous n’avons pas fait cinq cents mètres qu’une marque du GR transfrontalier peinte sur une ruine nous indique un sentier qui finalement se perd au milieu des sentes de vaches…

Le réveil musculaire est forcé dans la raide pinède qui nous ramène sur le sentier du Port de Girète. La frontière est atteinte après une belle montée dans la neige.

Là encore, il faudra revoir le balisage, mal coordonné entre Français et Espagnols sur les derniers cent mètres de dénivelés.

Par beau temps, pas de soucis, le col est évident. Mais dans le brouillard, l’aventure doit être toute autre!

Nous notons scrupuleusement ces derniers «points noirs» qui seront améliorés dès que la neige aura déserté la montagne l’année prochaine.

Après le repas pris à la cabane de Barlonguère, nous dévalons de dérapages en glissades le sentier rendu délicat par la neige et la glace jusqu’à la passerelle de Peyralade sous le regard surpris d’une harde d’isards repérée par mon chien.

Il est quinze heures lorsque nous récupérons notre véhicule laissé la veille au parking du Ribérot.

«Pass’Aran Express» est bouclé, les jambes sont lourdes et l’appel du lit moelleux irrésistible!

Stéphane Grochowski, Accompagnateur en Montagne
www.itinerance-pyrenees.com

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